Guet apens sanglant à St-Julien-des-Landes

Guet apens sanglant à St-Julien-des-Landes

Juin 1779, au cœur de la ruralité du Bas-Poitou. Nous sommes le vendredi 18 juin et c’est le jour de la foère de la Mothe où l’on retrouve veaux, bœufs, chevaux, cochons, ainsi que des étoffes et de l’épicerie 1 ». Pierre Marchais, 45 ans, est marchand de toiles et camelot sur toutes les foires du coin, on le connaît bien. À la Mothe, on le rencontre sous les Halles, et depuis la maison de Massé le boulanger, on voit son banc.

Le marchand de toiles arrive tout droit de Coye que l’on connaît aujourd’hui comme la ville des Olfacties2. Marié à Marie Morineau depuis deux décennies, il est issu d’une famille de fariniers connue des environs et exerçant au moulin de la Maigrière. Ce même moulin qui, 20 ans plus tard, verra son meunier, Pierre Aucoin, se faire assassiner par les troupes Républicaines3.

Pour la population locale, les foires sont des rassemblements importants, car peu de festivités existent en ces temps et c’est l’aubaine de rencontrer le peuple dans son entièreté, toutes classes sociales confondues. C’est également l’occasion de se procurer les produits de premières nécessités « pain, vin et pièces de mercerie, mais aussi de se faire plaisir.

Sauf que, depuis 1770, toute l’Europe connaît une crise économique importante. Cela a pour effet de rendre jaloux, du moins, envieux certains vieux bougres. La famille Marchais est réputée et on aurait tendance à croire que notre marchand disposerait d’une petite fortune, selon quelques manants.

Le voici donc qui fini sa journée, il est un peu plus de sept heures du soir et satisfait de sa recette, il remballe ses marchandises pour enfin prendre la direction de sa chaumière, au chef lieu de Coëx. Le trajet, il le connaît par cœur : enfant du pays, il prend la grand’ route de saint-julien-des-Landes, puis une fois au bourg, il prend en direction de la Garanjouère et à environ un quart de lieu, il coupe par la Vrignaie en direction du hameau de la Davière. De là, il traverse le gué qui mène au moulin des Rochelles, prend par la Faverie et atteint Coëx. Enfin, ça, c’est ce qu’il fait d’habitude, mais cette fois-ci, Pierre Marchais ne rentre pas seul de la Mothe.

Alors qu’il arrive au pont des rivières, à la croisée de la Giraudière, un homme l’accoste et lui demande si cette route mène bien à Coëx, ce que lui confirme le sieur Marchais tout en continuant de marcher. Il faut dire qu’il a l’habitude lui, de marcher et sa cadence est bien plus vive que celle de notre inconnu. Rejoignant St julien quelques minutes après l’arrivée de Marchais, il voit la jument de Marchand et sa longe fixé à la porte de l’auberge de Pelletier. Il est environ neuf heures du soir, Pierre Marchais boit son dernier p’tit quart avant de retrouver son domicile.

Jouxtant l’auberge, la métairie du Fief Forget (aujourd’hui, le 15 rue du fief forget) possède une grande porte devant laquelle l’ inconnu s’est posté en attendant son guide. Les métayers lui trouvant un air coquin lui demandèrent ce qu’il faisait là et ce qu’il attendait. Notre homme répondit simplement qu’il attendait le marchand dehors, n’ayant pas un sou en poche pour s’abreuver.

Justement ! Le voilà qui sort Marchais! Agacé par la présence redondante de notre type, il tenta de le décourager en lui signifiant que le chemin qu’il empreinte est complexe, surtout de nuit, mais! Le gaillard ne se décourage point et décide, coûte que coûte, de l’accompagner. Les voici donc en chemin mais après quelques minutes, alors à la croisée du gîte les Ruelles du Sieur Porteau de la Thibergière et de la pièce de terre de Jacques Gilier, un autre aubergiste de St Julien, une bande d’énergumènes habillés en hommes et en femmes, surgit devant eux ! Malheureusement, c’était un piège !

Pierre Marchais fut victime de cette bande organisée qui sévissait dans les alentours, tenant la réputation de voleurs. Seulement, cette fois-ci, armés de bâtons, de pelles, de couteaux, les brigands assassinèrent notre pauvre marchand et lui dérobèrent ses marchandises. Il était près de 23h lorsque les faits se produisirent. On entendit les cris du marchand depuis le village de la Davière mais la peur retenait les habitants de faire quoi que ce soit pour lui venir en aide. Quelques temps après, les brigands s’enorgueillirent de leurs actes, avouant ainsi, à travers leur vantardise, leur préméditation.

Le lendemain matin, alors qu’une foule entoure le cadavre de Marchais, on informa le procureur fiscal de la juridiction dont dépendait st julien, le dénommé Michel Tampon. Celui-ci mena l’enquête minutieusement à la suite du procès verbal qu’il dressa dès son arrivée sur place. Aidé de Pierre Barbeau, laboureur à la Davière et Jacques Fradet, laboureur à la Faverie de la Chapelle, le Sieur Tampon dressa un « procès verbal de levée de cadavre ». Il inscrivit sur son rapport que

« Sous le terrier du fossé qui sépare le champ de Gilier, le bois taillis de Porteau et le grand chemin, le corps d’un homme mort, couché sur le dos, la tête du côté du septentrion (nord) et les pieds du côté du midi » gît-là ; vêtu d’un mauvais gilet de molleton, d’une chemise de toile, d’une culotte de coêti à petits carreaux bleus et blancs dont il manque les boutons et boutonnières, de bas de laine bruns, d’une cravate et de souliers de cuir noirs à la boucle en cuivre jaune ».

Barbeau et Fradet durent lui ôter ses vêtements à la demande du procureur, afin que le chirurgien juré, Pierre Daguin du bourg de la Mothe, puisse examiner le corps avant que la chaleur ne le détériore. Les deux laboureurs s’exécutèrent à côté de la foule qui se tenait assez loin du cadavre, craignant la contagion.

Les deux paysans connaissaient bien Marchais et confirmèrent son identité. Le camelot avait été sauvagement agressé ; il portait une quinzaine d’incisions, des plaies et de nombreuses ecchymoses sur le visage mais aussi les bras et les jambes. Ses affaires étaient dispersées ici et là, à travers les fougères ensanglantées. En tout, Pierre Marchais gisait dans une marre de sang d’une superficie totale de 144 pouces.

Barbeau indiqua avoir trouvé près du corps, un liard (pièce de monnaie datant de l’ancien régime) ainsi que trois pièces d’une valeur totale de 14 sols. Présent sur les lieux depuis 4 h du matin, il put observer longuement la scène de crime et fit don de ses connaissances au greffier accompagnant le procureur et le chirurgien. Également, non loin du corps, à une toise (2m) on fit la découverte « d’une veste de gros draps coupées en maints endroits et dans une poche, un mouchoir de fil tout ensanglanté. D’autre part, un couteau à manche de corne de cerf avec une haleine (comprendre une gravure faite de longue haleine !) ainsi qu’une tabatière de carton et quelques cordeaux, s’ajoutaient à la trouvaille. Enfin, disposés sauvagement, un bas de cheval, des sangles coupées en morceaux, une croupière, deux bouclettes et de la marchandise.

Le corps de Pierre Marchais fut ensuite transporté par Barbeau et son frère, Augustin Marchais, à l’église de St Julien pour y être inhumé par le curé Suzenneau.

AD 85 St Julien des Landes – Registres paroissiaux – B,M,S – 1764-1779 – EDépôt236/7 – vue 137/142

L’enquête avance que l’inconnu n’a jamais pu être identifié mais que le dénommé Cailleteau dit Persil – un vagabond depuis son départ du Poiroux où il était journalier chez la Dame Robert de Lézardière et chez qui il vola à maintes reprises – était un des protagonistes du crime. Ce dernier volait et mentait comme il respirait et n’était pas très malin puisqu’il se faisait repérer là où il passait. Persil fut le seul à être identifié et emprisonné.

Source: D’après le récit d’Abel Cougnaud (1988). AD85 – BIB PC 16/60

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