Le phare du bocage Vendéen

Le phare du bocage Vendéen

Aujourd’hui, je vous propose une ballade en gâtine Vendéenne, au sein d’une petite commune vallonnée et boisée et dont le vécu est riche d’enseignements. Nous allons y découvrir un lieu pittoresque au sein duquel de nombreux évènements ont enrichie l’Histoire du haut-bocage Vendéens.

Les premières terres de l’Ouest, de la Vendée jusqu’à certaines contrées Bretonnes, sont les plus antiques et primitives terres foulées de nos ancêtres. Les preuves nous en sont données par la géologie : ces terres constituées d’un noyau granitique sont l’empreinte absolue et avérée de ces anciennes civilisations puisque, les monuments mégalithiques étaient les premières architectures de nos ancêtres.

Les Alpes Vendéennes, ces jolies collines du haut-bocage, ont vu l’histoire de ces peuples se développer autour de ces éminences et elles ont beaucoup à raconter ! Les paysages du haut-bocage Vendéen, proposent à quiconque désirant observer ses océans verdoyants, des vues panoramiques depuis ses plus hauts sommets : par exemple, perchée à une hauteur de 290 m, nous contemplons le paysage depuis la commune de St Michel Mont Mercure. Également, plus au Nord, c’est le Mont des Alouettes, à une hauteur de 232 m, qui nous offre de magnifiques cartes postales bocagères. Enfin, en redescendant au sud, se trouve la chaîne des « Puys », avec le Puy Crapaud culminant à 269 m d’altitude et nous faisant ainsi découvrir la Reine du bocage : la commune de Pouzauges.

Carte du relief de Pouzauges.

Promenons-nous dans les bois …

Nichée au cœur du haut-bocage, Pouzauges est la réunification de Pouzauges-Ville et de l’ancienne paroisse du Vieux-Pouzauges; elle tient l’identité qu’on lui connait aujourd’hui depuis l’ordre Royal donné en 1826. Pour l’histoire, l’ancienne cité féodale de Catherine de Thouars épouse de Gilles de Rets, est bornée au nord par ses collines à la réputation légendaire nous faisant découvrir, lorsque l’on s’y aventure davantage, un bois peuplé de chênes et de hêtres, mais aussi, de vieilles légendes : surnommé le « phare de la Vendée », voici que nous entrons au Bois de la Folie.

Le Bois de la Folie

Point de repère des marins depuis l’Océan, « le phare de la Vendée » donne à contempler les terres de traditions et de légendes ; son folklore relate la préhistoire, mais aussi l’histoire des Celtes, des Gallos-Romains, du Moyen-âge, de la Révolution, ou encore, de la superstition et de la religion.

Carte de Pouzauges – 4 num 503 148 – vue 6/284.

Les toponymes incluant « folie » ou « pierre-folle », indiquent des emplacements de mégalithes. Également, le terme « folie » est habituellement employé pour dénommer les réunions de Druide. Chaque peuple se succédant dans l’histoire, voir se superposant, nourrissent les traditions et héritages à léguer, si bien que, ce qui nous a été transmis jusqu’à présent, est issu de « la tradition de la tradition », des légendes Aryennes par la suite christianisées et ainsi de suite… C’est ainsi que, le Bois de la Folie nous conte ses innombrables vécus.

Lieu sacré Celte et Gallo-Romain

Le Bois de la Folie, dans sa genèse, nous ramène au temps des Celtes et laissent entrevoir les restes de leur sanctuaire dont, en 1872, le célèbre peintre, sculpteur, dessinateur et graveur Fontenaisien, E. de Rochebrune, lui tirait le portrait :


Bois de la Folie : [estampe] ([1er état]) / O. de Rochebrune fec. dec 1872

Le peuple Celte étant polythéiste, leurs dieux se trouvaient corrélés avec la
nature ; leurs lieux de cultes et de rituels étaient de fait, auprès de sources, des rivières, des lacs ou encore des grottes et des forêts. On désigne comme Gaulois, les peuples Celtes qui se sédentarisaient en Gaule, nom de notre territoire avant qu’il ne devienne le regnum Franciæ puis, la France.

On raconte qu’au Bois de la Folie, pendant que les pierres folles dansent au clair de lune, une des pierres descend boire à la rivière … et écrase les malheureux qui se trouveraient sur son passage.

Lieu électif des Garous

Le garouage ou, la transformation de l’homme en loup-garou – sort attribué afin d’expier une faute commise – est une légende qui apparaît dès le Moyen-âge sous différents noms, mais dont, en Vendée, on retiendra principalement pour ces étranges créatures, le Garou, la Galipote, la Garache 1. Dans le bocage, on aimait bien se raconter, au coin du feu, de sombres histoires de morts et de nuits, puisées, inspirées de faits qualifiés de surnaturels dès lors que les apparences semblaient trompeuses et inexpliquées. Dès cette époque, dans l’imaginaire collectif, la nuit se peuplait de fantômes, de vampires, d’animaux et d’esprits sataniques. De cette façon, la légende des Garous laissait croire que le Bois de la Folie était un lieu électif de leurs randonnées nocturnes : ayant l’habitude de parcourir, dit-on, sept communes par nuit, ils devaient donc faire quelques haltes. En outre, ils ont laissé des traces de leurs passages un peu partout sur le territoire, comme, à la Pierre Blanche de la forêt de Grala, à la Foire aux chats aux Sables d’Olonne, mais aussi, à la croisée du Pont-Sorcier à Nesmy ou encore à la croisée du Bois-Neuf de Saint-Georges-de-pointindoux et à la Pierre du Diable à Sallertaine ainsi qu’à bien d’autres endroits encore …

Observatoire des fées populaires

Du temps où le Royaume de France voyait s’élever ses châteaux, le bocage Poitevin se les fit bâtir, selon la légende, par une bâtisseuse secrète ! « Une grande dame mystérieuse et bienfaisante, bâtissant çà et là, des châteaux, sans le secours d’ouvriers, nuitamment et en un tour de main« .

Vous l’avez reconnue ? C’est Merluzine dit aussi la Mère Luzine plus familièrement désignée par, la fée Méluzinne ! Elle érigeât son premier château à Mervent, le second à Vouvant, ensuite et toujours en une nuit seulement, elle éleva celui de Châteaumur puis, celui de Tiffauges et enfin, son dernier à Pouzauges. Et, ce fut dans cette petite contrée moyenâgeuse qu’elle fut découverte : à la nuit tombée, alors qu’elle s’afférait à la construction du château de Pouzauges, un homme enfouit dans les broussailles du Bois de la Folie, s’y cachait afin de surprendre la mystérieuse bâtisseuse et qu’elle ne fut pas sa surprise de découvrir la Fée Méluzine ! Honteuse d’avoir été découverte, elle qui tenait à œuvrer modestement et mystérieusement, affirmât que désormais, elle ne construirait plus rien et que chaque bâtiment se verrait perdre tous les ans une pierre de son édifice selon la destinée qu’elle inculqua à ses ouvrages :

Pouzauges, Tiffauges, Mervent, Châteaumur et Vouvant iront chaqu ‘ an, j’le jur’, d’une pierre en périssant« .

C’est ainsi qu’une pierre se détache de ces édifices, tous les ans.

AD 85 – 40 Fi 2 560 – Illustrations de la légende de Mélusine 

Refuge des Huguenots Vendéens

La Reine du Bocage dans « le beau XVIe siècle » fut marquée par le protestantisme 2. À partir de là et pendant 250 ans, Pouzauges mais aussi Monsireigne et le Boupère sont des paroisses protestantes à minorité catholique alors que, le reste du territoire est une terre profondément catholique. La majorité de la population Pouzaugeaise était constituée d’artisans tisserands ou fileurs et de quelques métayers et ces habitants reçurent l’influence des Seigneurs de Mouchamps, les Parthenay-Larchévêque qui diffusèrent le Calvinisme dans les contrées avoisinantes. En 1613, l’office des protestants célébrée jusqu’à présent, sous les halles, demande à être solennisée et on bâtit alors un temple, qui servira jusqu’en 1685, année de sa démolition où la liberté du culte est interdite. La révocation de l’Édit de Nantes amène à la persécution des protestants ainsi qu’à l’exil des réfractaires à la conversion catholique. Selon l’Histoire, on a recensé en Bas-Poitou durant cette période, 14 000 protestants dont, 2000 réussirent à émigrer entre 1680 et 1740 et, sur ce nombre, 43 familles représentants 92 personnes, étaient des « deux Pouzauges ». En attendant 1787 et l’Édit de tolérance du culte ainsi que 1803 et Napoléon, pour qu’une église consistoriale accorde un pasteur à Pouzauges 3, les protestants se réunissent alors, en assemblée nocturne appelée assemblée du désert 4, vers le Puy-Papin et au Bois de la Folie.

Théâtre de la Révolution

Aux prémices du soulèvement militaire de 1793, à Pouzauges, les partisans de la Révolution étaient quasi tous protestants quand les catholiques étaient pour l’ordre & la liberté 5. Lors de l’insurrection qui a soulevé tous les hommes du pays – les uns blancs, les autres bleus – tous se battaient pour défendre leurs patriotismes. Du côté des Blancs, les Vendéens Royalistes, on comptait 4 armées pour faire face aux Bleus, les Républicains : l’armée du camp de la Roche-sur-Yon, celle du camp de la Mothe-Achard, l’armée de Charette puis enfin, l’armée du centre, composée des insurgés des cantons des Herbiers, Mortagne, Montaigu, Saint-Fulgent, Chantonnay et Pouzauges.

À la tête du mouvement de l’insurrection sur la commune de Pouzauges, il y avait notamment, un enfant du pays : fils de l’aubergiste des « Trois Rois » près des halles, Louis Dominique Ussault, 26 ans, ancien séminariste, qui ne résista pas à porter la cocarde blanche et s’engageât victorieusement du côté des brigands durant toute la durée de l’insurrection 6. Celui-ci fut par la suite anoblie.

Tout le canton de Pouzauges était pris dans ce qu’on nommait la Vendée Militaire et, la commune comme tant d’autres, fut témoin et victime des atrocités de la guerre. Si bien qu’en 1794, au moment des Colonnes Infernales, la colonne menée par le général Grignon eut pour but de massacrer les populations jugées royalistes (hommes, femmes, enfants et vieillards). Un groupe de réfugiés fut alors découvert au Bois de la Folie et fusillé par des soldats Républicains 7 : provenant de la Vinatère, paroisse de la Meilleraie-Tillay, ils venaient d’être dénoncés par Guesdon de la Villette 8. Celui-ci connut par la suite, un malheureux destin puisqu’on le retrouva mort. L’histoire raconte qu’il se serait fait assassiner par les parents de ses malheureuses victimes. Le Bois de la Folie a donc vu couler bien du sang !

Carte postale ancienne de Pouzauges et du Bois de la Folie, consultée sur Geneanet et déposée par Simone Bequet.

XXIe siècle, lieu touristique

Aujourd’hui, le Bois bucolique et ses épopées sont toujours transmises à tous ceux désirant faire sa rencontre. Au détour d’une randonnée touristique ou encore d’une veillée de contes, les badauds ne sont pas en reste lorsqu’ils repartent de ce coin. Son énergie tellurique attire, anime et donne a chacun à alimenter ses représentations. Le Bois de la Folie existait avant nous et existera après nous ; il ne cessera donc d’enrichir ses légendes … On recense en France environ seize toponymes le Bois de la Folie, certain même, théâtre de la première guerre mondiale (dans le Nord de la France par exemple) ; combien ont des pierres qui dansent au clair de lune ? Combien sont-ils à avoir fait fonction de refuge aux Garous ou aux révolutionnaires ? Le Bois de la Folie n’a pas fini d’enrichir la tradition.

1 – Bocquier, Edmond (1908). « Les Légendes de la nuit en Vendée : traditions, contes et superstitions« . Consulté sur http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb340887849. Avril 2021.

2 – AD 85 – Annuaire de la Société d’émulation de la Vendée – BIB PC 16/31 – Le bois de la Folie : la « Colline inspirée » du Bocage vendéen : histoire, légendes et traditions. [Première partie] / Dr Boismoreau.

3 – « Connaissez-vous l’histoire du protestantisme dans le bocage vendéen ? » Consulté sur https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/les-herbiers-85500/connaissez-vous-l-histoire-du-protestantisme-dans-le-bocage-vendeen-6687226#:~:text=En%201536%2C%20elle%20rencontre%20Calvin.&text=Le%20Bas%2DPoitou%20est%20frapp%C3%A9,et%20des%20%C3%A9difices%20religieux%20saccag%C3%A9s. Avril 2021.

4 – AD 85 – 4 num 503 148 – Pouzauges, par A. Billaud (table p. 286)
(Hist. Rel., Tome 1 (18 fasc.), 286 p. Nombreuses ill.) 1966.

5 – AD 85 – 4 num 499 5 – 1901 : n° 97-120 Table des matières vues 295-296 1901.

6 – AD 85 – 4 num 503 153 – Saint-Mars-des-Prés, par C. Reverseau (table des ill. p. 239, table des matières p. 240) (Hist. Rel., Tome 2 (15 fasc.), n° 162-164, 240 p.) 1968-1969.

7 – Clercq, Jean-Maurice. Date inconnue. « Un massacre à Pouzauges dans la nuit de Noël 1793 ?« . Consulté sur http://ekladata.com/FqDMpQJffQEunLyozmMKedWDLAM/Jean-Maurice_Clercq-Massacre-Pouzauges-Noel-1793.pdf. Avril 2021.

8 – AD 85 – 4 num 503 151 – Chavagnes-les-Redoux, par A. Billaud (table des ill. p. 190, table des matières p. 191) (Hist. Rel., Tome 2 (12 fasc.), n° 165-167, 191 p.) P. 1 et 2 feuillets blancs 1969.

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