Les femmes et le mariage : petite histoire d’une émancipation

Les femmes et le mariage : petite histoire d’une émancipation

Les fonds d’archives en général, permettent aux généalogistes et enquêteurs de remonter jusqu’au XVIe, XVe voir, XIVe siècle, selon le statut social des familles, lignées ou clans étudiés.

L’histoire nous a appris que le mariage fut durant des siècles, une fabrique de chrétiens puis de citoyens avant de voir émerger, dès la fin du XIXe siècle, le mariage d’amour. Le XXe siècle l’a fait évoluer en union libre et le XXIe siècle en « mariage pour tous ».

En France, les mutations matrimoniales ont donc évolué, et dorénavant, s’unir est un choix, une volonté, un désir mais avant tout, une décision du cœur : « du mariage d’amour à l’amour sans mariage ».

Juridiquement, seul encore l’alliance par le mariage ou depuis 1999, le Pacte Civil de Solidarité (PACS), offre un statut légale aux unions de partenaires hétéro ou homosexuels ainsi que les avantages fiscaux, successoraux, sociaux et la garantie d’une séparation facile : le mariage n’est plus considéré comme un avantage social au maintient indissoluble, le divorce a toute sa place dans ses nouvelles conjugalités en permettant à chacun de conserver ses droits et devoirs. Néanmoins, à l’aube de l’année 2022, cela fait peu de temps à l’échelle de l’Histoire, que le statut des femmes est à présent un modèle social reconnu ainsi que, leur désir de maternité.

Pour ainsi mieux comprendre les mentalités et les vécus de nos ancêtres, je vous propose une petite sociologie du mariage.

Histoire

Le modèle du mariage en France s’est construit sur les vieilles coutumes Romaines puis Barbares. Cela provoqua une scission de l’ancien Royaume de France et les contrées furent alors administrées au nord par le droit coutumier (laïc) et au sud, par le droit écrit (Romain).

Mais à partir du IXe siècle, le droit canonique s’impose devant le droit coutumier et dès le 10e siècle, c’est un quasi-monopole de l’Église qui règne. Le mariage est sacré et des règles strictes le définisse : L’Église a l’obsession de la légitimité des enfants et du mariage. Interdiction du sexe pour le plaisir et hors mariage, monogamie obligatoire et plus largement, mariage obligatoire en vue de procréer. Il faut avant tout, pérenniser la chrétienté. On ne parle pas de divorce puisque « on ne peut détruire ce que Dieu a créé ».

Au XIIe siècle, Gratien promulgue le consentement via la Copula Carnalis (le devoir conjugal) : s’unir pour faire des chrétiens passe par la consommation. Alors que Lombard son opposant, prévoit le consentement « par la parole », pas besoin de consommer la nuit de noce pour légitimer l’union. Et l’Église qui tend alors vers l’amour, considère le théologien Lombard, c’est ainsi que l’on peut lire sur les archives anciennes « … conjunxi in matrimonium per verba de presenti … »


Paroisse catholique de Malaucène – Actes de catholicité – Mariages (1708-1737) – vue 127/132

En 1215, le concile de Latran fait du mariage un sacrement indissoluble : la femme est juridiquement mineure, l’Église et son emprise biblique édicte selon Saint-Paul « femmes soyez soumises ». C’est ce qu’Henri d’Alméras nomme le régime hiérarchique [1], régime qui perdure en France jusqu’à la Révolution et plus exactement, en 1792.

De Olympe de Gouges à #Metoo : deux siècles de militantisme

En 1791, Olympe de Gouges s’adresse à Marie-Antoinette dans sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne afin que la femme, en tant que citoyenne puisse participer à la vie politique et au suffrage universel.

La loi du 20 septembre 1792, laïcise le mariage et le place sous contrôle de l’état. La véritable définition de cette union sera précisée en 1793 par le régime politique de l’époque : « Le mariage est une convention, par laquelle l’homme et la femme s’engagent, sous l’autorité de la loi, à vivre ensemble, à nourrir et élever les enfants qui peuvent naître de leur union » [2].

Entre 1792 et 1804, les règles s’assouplissent et la femme est davantage considérée, mais Napoléon dès 1804, en instituant le Code Civil, les méprise à nouveau (incapacité juridique de la femme mariée). Il faut attendre la fin du XIXe siècle pour que le mariage d’amour soit accepté et 1907 pour que le statut des femmes devienne un nouveau modèle social.

 » Une société qui ne protège, ni comme jeune fille, ni comme épouse … »

C’est dans ce contexte que les frères Margueritte (Paul et Victor), fervents défenseurs de la lutte pour l’égalité et le droit des femmes, militent pour un remaniement du Code Civil en faveur du droit à l’amour, à l’union libre et à la légitimité des enfants nés hors mariage [3]. En 1907 [4], apparaît une légère émancipation de la femme mariée, puisque celle-ci peut désormais toucher directement son salaire. Toutefois, bien que l’article 1 émancipe, l’article 2 n’hésite pas à stipuler qu’en cas de dilapidation, l’époux peut exercer un droit de retrait comme une sorte de protection d’elle-même !

Jusqu’en 1965, on assiste à une lente réforme des régimes matrimoniaux et la femme doit encore et toujours, demander le droit.

4 juin 1970 : de la puissance paternelle à l’autorité parentale conjointe

Souvenez-vous, Napoléon qui avait rangé les femmes sous l’ancien statut de mineur en redonnant l’émergence de la puissance paternelle, stipulait que l’épouse n’avait pas le droit de prendre par elle-même des décisions la concernant, et encore moins celles relatives aux enfants, ses choix devaient être validés par le « chef de famille ». Et bien la loi définitive du 4 juin 1970 établit l’égalité des époux et abandonne ENFIN, la notion de “chef de famille”. Désormais l’autorité parentale est exercée en commun par les deux parents (article 6).

Mouvements Féministes et émancipation des Femmes

Jusqu’en 1970, seul le mariage permet de fonder – légitimement – une famille et pour la femme, c’est l’unique moyen d’accéder au statut d’adulte et de mère. De jeune fille à mère, la femme est avant tout « fille de » puis « femme de ». Les années 70 redessinent les modèles matrimoniaux et dès lors, on assiste à une remise en cause du mariage jusqu’à sa désaffection en parallèle d’une augmentation du taux de divorce.

La remise en cause passe par le salariat des femmes : un exemple de winneuse est feue Ma très chère petite grand-mère ! Ne se satisfaisant plus de son unique rôle de mère, elle a, aux débuts 70, passé son permis de conduire et signé son contrat de salariée qui l’a mené à la retraite. Mamie forever ♥

Dans ce contexte, le refus du mariage est « le refus de soumettre le couple à d’autres forces que celle des sentiments » [5], à présent, on veut choisir son partenaire, son âmoureu-se. On assiste à la substitution des vieilles stratégies parentales pour le choix individuel. Dans ce contexte, ça n’est qu’en 1985, que les époux obtiennent la gestion commune de la communauté.

Suivant la remise en cause du mariage, c’est le choix à disposer de son propre corps qui survient (enfin) sur la scène politique : on milite pour le choix à la maternité : le Droit à l’avortement et à la contraception. Les poules-pondeuses veulent être libres de donner ou non, naissance à un, plusieurs ou aucun enfant.

1990 à aujourd’hui, 30 ans de mobilisations : du statut marital à la parité

Le mariage est pleinement associé à la filiation bien qu’il ne soit plus une alliance entre deux familles ayant pour but la reproduction et la transmission du patrimoine, mais plutôt un engagement public, affectif et moral de deux personnes. Depuis les dernières décennies, on remanie les lois du mariage, du divorce, de la filiation dans un souci d’égalité et de justice et en faisant accéder à la femme, la place qui revient. Pour retrouver les grandes dates des remaniements politiques, c’est ici.

Pour autant, bien que sur le papier les femmes ont recouvré plus de liberté, les luttes et les interpellations qu’elles font encore aujourd’hui, démontrent que les principes patriarcaux, bien qu’abolis, persistent encore dans les consciences et dans les sphères politiques et sociales avec de fortes nuances sur le plan à l’international.

La femme se vit désormais comme sujet indépendant et le revendique. L’institution s’y adapte tant bien que mal et les croyances dogmatiques tendent à se fragiliser. En France, la femme a SA place sans passer par le mariage obligatoire. Couple et vie de famille passent par la parité et sa valeur en est forte. Le désir de concilier vie familiale et vie professionnelle anime pleinement les familles contemporaines.

Un jour, assisterons-nous à une réelle égalité ? Les violences sur les femmes toujours d’actualité sont encore la preuve de la domination du mâl-e et de la non-acceptation de la parité tant sur le plan juridique que sexuel. Bien que la femme soit émancipée, il subsiste toujours de trop nombreuses inégalités face auxquelles elle doit encore se défendre.

Je ne peux oublier de citer le remarquable travail de Hélène Duffuler-Vialle (Maître de conférences, Histoire du droit et des institutions), paru le 19 octobre 2020 sur Criminocorpus : 

  "Chronologie des droits des femmes en France de la Révolution française à nos jours"
Plus de lecture :

Cicchelli-Pugeault Catherine,  « couple et évolution de la condition féminine » : un mauvais ménage ? », Recherches familiales, 2004/1 (N°1), p. 125-136. DOI : 10.3917/rf.001.0125. URL : https://www.cairn.info/revue-recherches-familiales-2004-1-page-125.htm

Dölle Hans. L'égalité de l'homme et de la femme dans le droit de la famille. Etude de politique législative comparée. In: Revue internationale de droit comparé. Vol. 2 N°2, Avril-juin 1950. pp. 250-275.

La grande histoire du féminisme
 - Maud Navarre
 - Grands Dossiers N° 63 - Juin - juillet - août 2021 : https://www.scienceshumaines.com/la-force-d-une-idee_fr_43475.html.



Sources

[1] Le mariage chez tous les peuples / par Henri d’Alméras, 1903 : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l’homme, 8-R-18699.

[2]  L’histoire du mariage en France, 2015.

[3] Mariage, divorce, union libre / par Paul et Victor Margueritte, 1906 : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l’homme, 8-R-19860 (4).

[4] La Loi du 13 juillet 1907 sur le libre salaire de la femme mariée et la contribution aux charges du ménage, par MM. J. Le Courtois et F. Surville, 1908 : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, 8-F PIECE-4249.

[5] Martial, A., Segalen, M. (2013). Se marier, vivre en couple. Dans Sociologie de la famille (8e ed., p.82-111). Armand Colin Editeur.

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