Rites funéraires et mode de sépulture au fil de l’histoire

Rites funéraires et mode de sépulture au fil de l’histoire

Lors de mes nombreuses recherches au sein des registres paroissiaux, j’ai souvent eu l’occasion de lire que les défunts étaient enterrés dans « le petit ou le grand cimetière de ce lieu » mais aussi, au sein de l’église. Et en faisant appel à mes souvenirs, je me rappelais avoir vu des différences sur le sol des églises auxquelles on m’avait alors dit, qu’il s’agissaient d’anciennes tombes. Pourquoi employait-on les qualificatifs de « petit » ou « grand » et pourquoi existaient ils des différences de traitement de sépulture ? D’où proviennent ces coutumes ?

1734

Registre de la paroisse

d’Aizenais, contenant les baptesmes

mariages et enterrements de l’année

mil sept cent trente quatre

Enterr[emen]t de Victor Bouron

« Aujourd’huy, troisiesme jour du mois de janvier

mil sept cent trente quatre, a esté inhumé dans

le petit cimetière de ce lieu, le corps de Victor Bouron« .

Goupilleau, Pr[es]tre

E[enterrement] Pierre Merlet

« Le vingt et cinq de janvier mil sept cent trente quatre, a esté

inhumé dans le grand cimetière de ce lieu, le corps de defunct

Pierre Merlet du village de la Courolière, agé de

74 ou environ, après avoir reçu les sacre[m]ents par moi le

prieur de Maché« .

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Sep[ulture] D[emois]elle Marie Birotheau

« L’an mil sept cent soixante dix sept, le vingt six septembre

le corps de D[emois]elle Marie Birotheau, décédée d’hier en ce bourg, agée de quatre vingt

quatre ans, a été inhumée dans le cimetière de ce lieu, près la Croix, attendu que

de ce bourg, faute de caveau, elle n’a pas pu jouir du droit d’être enterrée dans l’église

aboli par la déclaration du dix mars mil sept cent soixante seize, laquelle

sépulture a été faite par moi Curé soussigné. En présence de Messieurs Ponde

vie de la Guédanchère et Bisson demeurant en ce bourg, qui se sont soussignés« .

De l’incinération à l’ombre de la croix

L’anthropologie funéraire pour le monde Occidental, nous permet le constat de rituels particuliers tirés en grande partie, des Romains. Dans l’Histoire, de tout temps, chaque civilisation « rend hommage à ses morts« [1] selon des rites funéraires et des modes de sépultures propres à leurs mœurs et croyances et suivant une symbolique spirituelle.

À l’antiquité

L’ère Romaine et la loi des XII tables, premier corpus de lois Romaines rédigé entre 451 et 449 av. J.-C, organisait le rituel funéraire précis concédant ainsi au défunt, l’immortalité de son âme. Suite au cérémonial, la dépouille était amené hors de la cité afin d’être incinérée. Il était important que la mort soit tenue à l’écart des vivant et que les villes restent pures.

"Les défunts sont très honorés par des funérailles ritualisées. Les monuments funéraires, les sarcophages, les monuments cinéraires sont, pour les personnages importants richement sculptés, personnalisés et érigés le long des voies d’accès aux cités (voies Appia, Latina, Flaminia) de façon qu’ils soient vus et honorés par ceux qui arrivaient ou qui partaient des cités" [2].

Jusqu’à l’arrivée du Moyen-Age, les morts étaient incinérés et bénéficiaient de sépultures hautement symboliques. On inhumait alors dans des fausses communes et sans cérémonie, les esclaves.

Du Moyen-Age aux Temps Modernes : le culte des martyrs

Le début de la Chrétienté et la construction des églises amènent à repenser les funérailles et les « lieux où l’on dort » soit, les cimetières. En opposition aux traditions Romaines, il s’agit dorénavant, d’être inhumé ad sanctos, au plus près de Dieu, lieu alors religieux à caractère sacré. De plus, le Seigneur ayant été enseveli, le dogme catholique croit en « la résurrection de la chair et à la vie éternelle« , un corps est donc le temple de l’âme et ne peut alors être brûlé. Cette loi contre l’incinération ne changera qu’en 1963 bien que faisant foi qu’en cas de nécessité extrême comme la maladie, puis l’interdit levé en 1983 [3]. 

De fait, le cimetière « terre d’église » est alors admis à l’intérieure de la cité dite, paroisse. Il n’est plus question d’amener le défunt extra-muros. C’est ainsi, que les églises disposent d’un petit cimetière pour les enfants et d’un grand cimetière pour les adultes, ceux-ci jouxtant l’édifice. Toutefois, dès le IVe siècle de notre ère, les souverains, dignitaires ecclésiastiques, puis de façon tout à fait normée dès le XIIe siècle, les seigneurs et les bourgeois se faisaient enterrer au sein de l’église, moyennant des « dons d’un montant élevé ou des donations d’une partie de leurs biens à l’Église pour espérer bénéficier, dans l’au-delà, de l’influence des saints-martyrs » (Moreaux, 2009).

L’histoire nous enseigne que le cimetière était hiérarchisé afin de bénéficier de la protection des Saints : en son antre, les hauts dignitaires puis, accolés à l’édifice sur les arpents externes, les fidèles paroissiens et enfin, la partie la plus éloignée de l’église revenait au pauvres. Pour les plus pauvres encore, on leur réservait la fosse commune :

"La fosse commune d’une dizaine de mètres de profondeur pouvait contenir jusqu’à 2000 cadavres avec un simple linceul et entassés par lits recouverts d’une fine couche de terre. Puis on recommençait jusqu’à ce que la fosse soit pleine. Lorsque les fosses communes devaient être à nouveau réutilisées, les ossements étaient placés dans les charniers, sorte de cloîtres qui entouraient les cimetières et comportant des planchers sous toiture. Dans les églises, les combles servaient également de charniers où les restes mortels finissaient de se consumer" [4].

XVIIIe siècle, évolution des croyances et souci d’hygiène

La cohabitation des morts et des vivants fait inévitablement émerger de graves problèmes d’épidémies et de salubrité publique en plus de la surmortalité occasionnée par la circulation d’autres épidémies dévastatrices. Ainsi, en 1765, les populations du Royaume de France protestèrent et le Parlement prit la décision d’installer les cimetières hors des villes – c’est ainsi que naissent les catacombes de Paris par exemple – et de ne permettre qu’à une minorité de privilégiés, l’inhumation au sein des édifices religieux. Une décennie plus tard, le 10 mars 1776, Louis XVI interdit par Déclaration royale, les inhumations dans les églises.

Déclaration… concernant les inhumations… Registrée en Parlement le 21 mai [1776]…Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, F-21192 (3).

En 1790, l’Assemblée Nationale renouvela l’interdiction d’inhumé dans les églises, puis encore le Décret du 12 juin 1804 (23 prairial An XII) signé par Napoléon pour cette fois-ci, être la bonne :

Napoléon

Par la grâce de Dieu et les Constitutions de la République, Empereur des français ;

Sur le rapport du ministre de l’Intérieur ;

Le Conseil d’État entendu, décrète :


Titre Ier : Des sépultures et des lieux qui leur sont consacrés


Art. 1er : Aucune inhumation n’aura lieu dans les églises, temples, synagogues, hôpitaux, chapelles publiques, et généralement dans aucun édifice clos et fermé où les citoyens se réunissent pour la célébration de leurs cultes, ni dans l’enceinte des villes et bourgs.

Art. 2 : Il y aura hors de chacune de ces villes ou bourgs, à la distance de trente-cinq à quarante mètres au moins de leur enceinte, des terrains spécialement consacrés à l’inhumation des morts.


Art. 3 : Les terrains les plus élevés et exposés au nord seront choisis de préférence ; ils seront clos de murs de deux mètres au moins d’élévation. On y fera des plantations, en prenant les précautions convenables pour ne point gêner la circulation de l’air.


Art. 4 : Chaque inhumation aura lieu dans une fosse séparée ; chaque fosse qui sera ouverte aura un mètre cinq décimètres à deux mètres de profondeur, sur huit décimètres de largeur et sera ensuite remplie de terre bien foulée.

Art. 5 : Les fosses seront distantes les unes des autres de trois à quatre décimètres sur les côtés, et de trois à cinq décimètres à la tête et aux pieds.

Art. 6 : Pour éviter les dangers qu’entraîne le renouvellement trop rapproché des fosses, l’ouverture des fosses pour de nouvelles sépultures n’aura lieu que de cinq années en cinq années ; en conséquence, les terrains destinés à former les lieux de sépulture seront cinq fois plus étendus que l’espace nécessaire pour y déposer le nombre présumé des morts qui peuvent y être enterrés chaque année.

Dès lors, la législation funéraire a évolué et due considérer que, les cimetières intra-muros étant problématiques, les transferts des morts extra-muros et les sépultures éloignées posaient également des difficultés au peuple dans le processus de deuil. Dans ces circonstances, et pour trouver un équilibre, c’est à la fin du XIXe siècle, sous la IIIe République, que « de grandes mesures législatives et réglementaires pour laïciser les pompes funèbres et les cimetières » [5] furent établies. Les cimetières deviennent alors des services municipaux et on évoque le retour de la crémation. Le début du XXe siècle assiste à des « guéguerres » entre Laïcs et Religieux tant sur la plan juridique que morale puis, survient la Loi sur la séparation de l’Église et de l’État bien que l’ensevelissement reste ancrée aux mentalités. Puis survient la Grande Guerre et la construction de grandes nécropoles militaires par exemple.

Ainsi, aujourd’hui, Le patrimoine funéraire appartient dorénavant aux familles des défunts et n’est plus sous le joug de l’église. Les cimetières communaux, les crématoriums, les columbariums et les jardins du
souvenir donnent aux populations la pratique d’une sépulture choisie en « leur âme et conscience », admettant ainsi à chacun, sa foi et sa pratique. On continu d’honorer et de glorifier nos morts afin de perpétuer leurs souvenirs.

Sources

[1] Moreaux, P. (2009). Naissance, vie et mort des cimetières. Études sur la mort, 136, 7-21. https://doi.org/10.3917/eslm.136.0007

[2] Ibid.

[3] Guetny, J. (2011). Religions et crémation. Études sur la mort, 140, 81-90. https://doi.org/10.3917/eslm.140.0081

[4] Moreaux, P. (2004). Quelques aspects de l’histoire funéraire dans la civilisation judéo-chrétienne en France. Études sur la mort, no<(sup> 125), 9-21. https://doi.org/10.3917/eslm.125.0009

[5] Ibid.

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